On dit que ses sentiers mènent à de petits ports abrités aux barques colorées. On dit de ce pays qu'il est doux en hiver et que ses talus dissimulent des trésors jalousement protégés.
Entre deux chaos de granit, on en scrute les limites : mais quelle est cette île qui soudain se fait presqu'île lorsque l'eau se retire ? Le haveneau à la main, les "arpenteurs de grève" peuplent l'horizon les jours de grandes marées. Tout étourdis de vent iodé, ils respirent la liberté et goûtent aux saveurs sauvages d'une mer généreuse et à portée de tous. Reste que l'apprentissage du marin ne se fait pas en un jour. Il faut souvent revenir.
Un coup de pagaie et une escale dans les rochers, un bain de mer et un repos bien mérité, une voile à hisser et la sensation de s'évader : pays d'archipels et d'estuaires, le Trégor-Goëlo ne manque pas d'air. Il faut l'écouter siffler, se plier, s'arrondir sur les galets, courir la grève et poursuivre son chemin vers l'intérieur des terres.
C'est alors que le souffle coupé par autant de beauté, on se risque à quelques pas de danse dans un fest noz presque tenu secret : le corps serré et tiraillé par cette longue chaîne humaine trépidante, on en ressort complice, les doigts crispés et douloureux, partagé entre l'envie de continuer et le souhait d'aller déguster une bolée aux milieux de ces hommes à la voix rocailleuse.
Mais on dit aussi de ce pays qu'il possède un sixième sens … |